Les cliniques du sein : un besoin et une attente

Dr D. Vander Steichel, Directeur scientifique de la Fondation contre le cancer
Dr B. Carly, Présidente de la Section Sein de la Société Royale Belge de Chirurgie

Notre pays dispose d’excellents soignants et de structures de soin performantes.
Mais la cancérologie est un domaine particulièrement vaste, complexe et évolutif.
Toutes les cliniques et hôpitaux ne peuvent pas offrir une qualité équivalente face à l’ensemble des cancers.
Il est d’ailleurs illusoire, en médecine, de vouloir tout traiter partout et de façon adéquate.

Comment, dans ces conditions, garantir à chaque malade la meilleure prise en charge médicale et psychosociale possible ?
Quelles sont les améliorations indispensables pour y parvenir?
Le développement de véritables centres de référence semble une piste, sinon la piste à suivre dans ce domaine.
En ce qui concerne le cancer le plus fréquent chez les femmes, l’agrément officiel d’un certain nombre de cliniques du sein, assorti d’exigences qualitatives précises et vérifiables, permettrait de répondre aux attentes du public et de nombreux soignants.

Les conditions de l’excellence

En cancérologie, les meilleurs résultats - c'est-à-dire les plus hauts taux de guérison mais aussi la préservation optimale de la qualité de vie des patients - sont obtenus dans des filières associant pluridisciplinarité, spécialisation et recherche.

Ceci suppose de très hauts niveaux qualitatifs à chaque maillon de la « chaîne », du dépistage aux traitements, sans oublier toutes les disciplines « annexes » comme l’imagerie médicale, le laboratoire d’analyse, l’accompagnement psychologique, les soins infirmiers, la kiné, etc.

Cette qualité, dans ses volets techniques, nécessite une pratique soutenue, autrement dit un nombre suffisant de patients.
Dans ses aspects humains également, une prise en charge digne de ce nom suppose un travail d’équipe associant compétence, expérience et disponibilité.

En Belgique, depuis mars 2003, un arrêté royal réglemente et organise les soins aux patients atteints de cancers.
Ce texte vise clairement l’amélioration de la qualité des soins et renforce le caractère pluridisciplinaire de la prise en charge.
Il s’agit d’un pas très important dans la bonne direction, mais qui en appelle d’autres.
Ainsi, l’AR définit une organisation « généraliste » qui ne mettra probablement pas fin au trop grand éparpillement des patients constaté dans notre pays.
Par ailleurs, il conviendra de l’adapter aux problèmes particuliers posés par certains cancers et son application nécessitera des moyens financiers suffisants.
Enfin, des lacunes importantes demeurent, comme l’absence de reconnaissance d’une véritable spécialisation en oncologie médicale.

Les cliniques du sein : une recommandation scientifique et européenne

Sur base des recommandations scientifiques adoptées conjointement par la European Society of Mastology (EUSOMA), le Breast Cancer Cooperative Group de l’EORTC et Europa Donna, recommandations publiées en 2000 dans le European Journal of Cancer, le Parlement Européen a adopté en juin 2003 une résolution demandant aux états membres, d’organiser et de reconnaître des cliniques du sein répondant à des critères qualitatifs précis.

Dans l’idéal, il faut prévoir une clinique du sein par 250.000 habitantes, avec une coordination centralisée à l’échelle nationale.

Dans notre pays, d’après les informations du ministère de la santé publique concernant l’année 2003:

  • Des cancers du sein ont été opérés dans 108 hôpitaux, le nombre annuel d’interventions chirurgicales variant de 6 à 620 par centre.
  • 77 hôpitaux ont effectué chacun moins de 100 opérations mammaires en 2003.
  • 17 centres se situaient entre 100 et 150 opérations par an.
  • 14 hôpitaux ont effectué plus de 150 opérations pour cancer du sein.

Or, les recommandations européennes parlent de minimum 150 nouveaux cancers opérés par an et par centre, avec au moins 50 opérations par chirurgien.
La répartition du nombre d’interventions par chirurgien, essentielle en terme de qualité, ne nous est malheureusement pas connue.

Ces quelques chiffres montrent l’ampleur du chemin qui reste à parcourir en Belgique…
D’autant que les cliniques du sein doivent également satisfaire à de nombreux autres critères dont les principaux sont :

  • disposer d’un staff médical et paramédical hautement spécialisé;
  • garantir une prise en charge pluridisciplinaire avec réévaluation régulière de chaque stratégie de traitement;
  • être en mesure de proposer les meilleurs protocoles thérapeutiques;
  • intégrer et stimuler une recherche clinique indépendante de l’industrie pharmaceutique;
  • assurer une évaluation des résultats;
  • offrir une prise en charge psychosociale adéquate.

Aujourd’hui en Belgique, n’importe qui peut ouvrir une « clinique du sein », répondant ou non à ces conditions…

Un réel besoin de transparence

Quotidiennement, la Fondation contre le Cancer, Europa Donna Belgium et d’autres associations d’aide aux patients sont confrontées à des questions pressantes de malades (et de leurs proches) qui s’interrogent sur le choix - lourd de conséquences - d’un centre de traitement.

C’est aux médecins traitants qu’incombe la responsabilité de conseiller un hôpital ou un spécialiste.
Mais comment faire en l’absence de critères objectifs?

La reconnaissance par les pouvoirs publics d’un certain nombre de cliniques du sein, respectant des critères qualitatifs précis et soumises à une évaluation régulière en termes de résultats, permettrait d’orienter de manière beaucoup plus objective le choix des malades.

Il s’agit d’une de leurs attentes les plus pressantes. Cette transparence sur la qualité des centres de traitement ne fait-elle pas partie intégrante des droits des patients ?